L’heure du coucher

Le sommeil des enfants est une science incertaine. Il n’y a absolument rien à comprendre en fait. Ils sont cool ou ils sont juste impossibles. Ils sont plutôt koala ou plutôt hibou. Ils ont des parents zombies ou des parents frais et reposés (non en fait ça n'existe pas, mais vous voyez l'idée).

Je ne peux pas vraiment dire que quand ils étaient bébés j’en ai bavé. J'avoue, je fais partie des chanceuses. Encore une de ces choses que, en tant que mère, je ne connais pas. Les deux autres sont les contractions et l’allaitement, mais bon, on y reviendra dans d’autres billets. Chamaco a commencé à faire ses nuits… ATTENTION, AMES SENSIBLES S’ABSTENIR… 2 semaines après sa naissance.  Et il continue. Difficile de faire mieux pour la petite sœur. Donc, quand Chamaca, à huit mois se réveillait encore la nuit pour un biberon je m’entendais dire « Putain, j’en peux plus, elle me laisse pas dormir ! » Je sais. Pathétique.  Pourtant ce n’était qu’une fois par nuit, et elle a arrêté pile poil à neuf mois. Ne me demandez pas comment j’ai fait, je n’en sais rien.

Pas de nuits de merde donc, mais des couchers difficiles. On ne peut pas tout avoir. Chamaca a certes mis plus de temps que son frère à dormir toute la nuit mais pour le coucher elle est juste super. Vers 6h30 ils prennent le bain, 7h30 ils sont à table, à 8h elle commence à frotter ses petits yeux. Je luis fais un biberon, je la mets au lit, bonne-nuit-ma-chérie-bisous-je-t’aime, on éteint la lumière, on ferme la porte et voilà. Fastoche. Chamaco par contre, c’est une autre histoire. Il termine de manger, ce qui peut lui prendre 10 minutes ou une heure, c’est selon. Il refuse catégoriquement d’aller se coucher sans se brosser les dents ce qui est très bien en soi, mais ça tourne quand même un peu à l’obsession. Direction la salle de bains où il me demande d’un ton ferme de l’accompagner. Il veut évidemment mette le dentifrice tout seul donc la moitié du tube se retrouve dans le lavabo. Devant, derrière, en haut, en bas, la langue, on crache en faisant très attention de ne pas se mouiller le haut du pyjama car à la moindre goutte il voudra aller se changer. On en profite aussi pour se laver les mains, pourquoi pas ? Un pipi s’il le juge nécessaire. Une fois qu’il est donc satisfait de son hygiène personnelle on peut envisager d’aller au lit. Chamaco n’aime pas les histoires pour aller dormir. Ça c’est pour l’heure du bain. Lui, il aime les chansons. Je me couche donc avec lui dans son lit et tous les jours, sans exception, je lui dis le plus sérieusement du monde « Ok, mais cinq minutes seulement. » Mouais, on a la mémoire courte les mères. Il a déjà sa playlist en tête. Il m’annonce donc qu’il voudrait bien écouter la chanson du loup en français, puis en espagnol, puis The Wheels On The Bus, puis la chanson du père Noël et pour finir Trotte, Trotte (les saisons, il s’en fiche). Je m’attaque donc, en essayant de tricher pour faire court, comme s'il allait s'endormir dans la seconde. Mais non, j’ai un mélomane exigeant.

(Conversation qui a généralement lieu en espagnol)

– « Non, mami, c’est pas comme ça. »

– « Quoi, c’est pas comme ça ? »

– « Tu ne chantes pas bien. Ecoute moi : The wheels on the bus go round and round, bla bla bla, bla bla bla……ALL DAY LONG ! Tu vois ? C’est comme ça qu’il faut chanter. Recommence s’il te plaît. »

Je suis son esclave.

Le problème avec lui c’est que, à 3 ans et demi, il ne sait toujours pas s’endormir tout seul. Même, enceinte de Chamaca, à quelques jours de l’accouchement, j’étais obligée de m’assoir telle une baleine échouée, sur le futon de sa chambre, à attendre qu’il s’endorme. Ça me prenait ensuite cinq minutes pour arriver à me lever de là. J’ai bien essayé quelquefois de le coucher et de sortir, mais je ne supporte pas les hurlements de mes enfants très longtemps. C’est comme ça. Maintenant il ne hurle plus, il se lève et réclame un film de dinosaures. Et si c’est papa, ça ne marche pas. Lui c’est parfois le deuxième acte, mais pour l’accompagner au lit, il faut que ce soit maman. Je l’ai mal habitué, je sais.

On en a donc terminé avec les chansons, c’est le moment où il gesticule dans tous les sens pour trouver une position confortable, l’oreiller Spiderman doit se trouver à un angle bien précis par rapport au mur pour pouvoir insérer sa main dans la taie, ses jambes pas trop couvertes « parce qu’il fait trop chaud », ma main doit lui caresser la tête mais seulement sur le dessus, pas sur les côtés. Il est enfin satisfait, ça y est-il va dormir maintenant. Ben non.

J’aime bien ces momentsen fait, et je sais que pour lui c’est une partie de sa journée qu’il n’est toujours pas prêt à abandonner. C’est le moment où il a sa maman pour lui tout seul. Il me raconte sa journée, il me parle de ses amis à l’école, il me tient par la main. Moi aussi je l’ai pour moi toute seule. Je peux le sentir à mon aise, vous savez, cette odeur addictive derrière les oreilles. Je sais que ces moments vont me manquer. Dans pas très longtemps ce sera fini. Mais parfois, je suis crevée, j’ai faim, j’ai hâte de commencer MA journée, d’avoir ce temps si précieux qui est à moi, et j’aimerais bien abréger. Rien que pour une fois, parce que maman est fatiguée là. Mais non, il refuse, il ne veut pas que je parte. Parfois j’arrive à négocier : « Tu ne veux pas une chanson de papa ? », et c’est donc le Mec qui termine la tâche. Mais souvent c’est « Je veux pas que tu partes » et il se serre contre moi. Comment dire non ? Je reste jusqu’à ce que je ne le sente plus bouger, je m’extrais le plus discrètement du lit, si je le réveille tout est à recommencer. Et je suis enfin libérée.

Ce petit rituel peut parfois durer jusqu’à deux heures. Je sors de sa chambre les yeux a moitié ouverts en marchant de travers. Je n’ai plus envie de faire quoi que ce soit à part aller m’abrutir devant un épisode d’une série quelconque, que je ne vais pas comprendre parce que je vais m’endormir au bout de vingt minutes. Mais au moins je sais qu’il va dormir toute la nuit.

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