A ma maîtresse de CP

Au Mexique on fête tout le monde, pas seulement les mères et les pères : les enfants, les grands-parents, les facteurs, les secrétaires… Hier c’était la fête des professeurs. J’aurais voulu écrire ce billet à temps, mais voilà, le temps me manque justement.

Des profs j’en ai eu de toutes les formes et les couleurs. Des excellents, de ceux dont on entend encore la voix dans notre tête. Ceux dont on se rappelle le jour où ils nous ont parlé de l’histoire de Byzance, où ils nous ont fait lire un roman qu’on a relu plusieurs fois depuis, où ils nous ont fait rentrer dans une cellule humaine et nous on fait découvrir tout ce qu’il y a dedans. J’ai en eu des nazes aussi et certains que j’ai carrément oublié. Et puis il y a celle avec qui tout a commencé.

Nous sommes en février 1989. Je débarque dans un pays inconnu à la langue inconnue. A peine sortie de l’avion je ne tiens pas en place. La tour Eiffel m’obsède et je crois l’apercevoir à chaque pylône électrique. Je suis en voiture, en route vers mon nouveau chez moi, la figure collée à la vitre, j’enregistre. A mes yeux tout est plus beau. J’ai envie de tout savoir, de tout voir là sur le champ. Rien ne m’inquiète. Je me sens déjà chez moi.

J’aurai en fait plusieurs jours, ou semaines, je ne sais pas, tout le temps du monde, pour découvrir petit à petit ce qu’allait être ma vie. Mon installation en France reste parmi mes meilleurs souvenirs. Quelque chose de nouveau tous les jours. J’acceptai tout, ou presque, de bon gré, y compris le climat pas normal. Mes parents, pour ne pas trop me brusquer, avaient décidé de me garder à la maison jusqu’à la rentrée suivante. Mais voilà, selon ma mère je devenais un peu difficile, peut-être aussi du fait de ma nouvelle situation familiale. Ils m’ont donc très vite mis à l’école et c’est comme ça que je me suis retrouvée toute seule, un peu paumée, au milieu de tous ces gens dont je ne comprenais pas la langue. Mon premier jour d’école en France reste gravé dans ma mémoire. Je me revois pendant la récréation, plaquée contre un arbre, entourée de tous les gamins de ma classe. Ils prononçaient un charabia incompréhensible pour ma petite tête et je ne savais pas trop ce qu’ils me voulaient. Je n’étais pas très rassurée. J’ai compris plus tard qu’ils étaient juste curieux. Personne n’avait jamais vu une étrangère arrivant d’un pays lointain. Personne n’avait jamais entendu parler du Mexique.

Mon intégration a été tellement rapide que je n’arrive pas à me rappeler comment ça s’est passé. Un jour, sans trop savoir comment, je suis devenue une élève de plus qui parlait le français comme tout le monde. Et ma maîtresse de CP y a été pour beaucoup. Je ne sais pas si elle était consciente de ce qu’elle était en train de faire pour moi. Elle m’a non seulement appris une autre langue et tout ce qui va avec, elle m’a aussi fait découvrir une nouvelle culture et surtout, elle m’a appris à apprendre. Ce qu’elle m’a enseigné, je m’en sers encore aujourd’hui. Les autres ont fait leur boulot, tout le long du chemin, mais c’est avec elle que tout a commencé. Parce qu’elle m’a donné des bases en béton qui ont rendu tout le reste facile. Elle m’a donné de l’assurance et m’a toujours traitée en égale. J’ai terminé mon année en étant deuxième de la classe.

Si j’ai toujours pu me sentir confiante à l’école, si je suis retournée en France pour mes études supérieures, si je peux aujourd’hui écrire ce blog, si j’ai un boulot hors-norme pour le Mexique, si je suis moi tout simplement, c’est parce que grâce à elle j’ai su avec certitude que le français et la France étaient pour moi.

Je n’ai jamais rien su à son propos. Je ne sais pas si elle était mariée, avait des enfants. Elle était assez âgée je crois. En même temps, quand on est en CP tout le monde à l’air vieux. Je ne connais même pas son prénom. J’ignore si elle est encore en vie.

En tout cas, où que vous soyez, merci maîtresse !

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