On parle en quoi chez nous?

Souvent quand on sort tous les quatre je vois un grand point d'interrogation sur la figure des gens. Ils font de grands yeux ronds quand ils nous entendent parler, tout comme on materait un alien qui débarque dans le métro.

Il faut dire que les familles plurilingues n’abondent pas ici au Mexique. D’ailleurs, pour tout vous dire, je connais des familles bilingues mais aucune autre famille trilingue. Ce que j’entends par là c’est une famille ou tous ses membres parlent et utilisent trois langues. Donc, s’il y a bien une question qui revient souvent c’est : « Vous parlez en quoi entre vous ? ». On a aussi le droit parfois à « Comment vous faites pour ne pas traumatiser les enfants ?» (Ce que les gens peuvent être dramatiques des fois !) ou carrément « Mais vous êtes sûrs que vous vous comprenez ? ».

Le Mec est américain et son métier c'est les langues. Je ne compte plus le nombre de langues qu'il a étudiées, je ne m'y retrouve pas de toute façon. Donc, pour lui, parler le français et l'espagnol avec moi est une évidence. D'ailleurs, sans les langues, on ne se serait jamais rencontrés. La première chose qui l'a attiré c'est qu'il pouvait pratiquer son français avec moi. Romantique, non ?

Moi, je ne suis pas aussi passionnée par les langues que lui. D'ailleurs, pour être tout à fait honnête, ce n'est même pas quelque chose qui m'intéresse outre mesure. Si j'en parle trois c'est, disons, par inertie. L'espagnol est ma langue maternelle, mais j'avoue je l'ai délaissée depuis quelques temps pour le français qui a toujours été ma langue de scolarisation. Je l’ai appris dans une petite école de banlieue parisienne, en CP et depuis, je ne le quitte plus. L'intégralité de mes études se sont faites en français et même au boulot je le parle toute la journée. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle ce blog n’est pas écrit en espagnol. Pour l'écriture, je suis beaucoup plus à l'aise en français. J'ai pourtant essayé en espagnol, sans grand succès, mes deux pauvres blogs précédents étant abandonnés depuis longtemps.

Pour la conversation, par contre, ça devient compliqué. Tout dépend de la situation et de l’entourage. Avec ma mère par exemple, c'est exclusivement en espagnol, sauf si on ne veut pas que quelqu’un comprenne ce qu'on raconte, dans ce cas-là on passe au français. Avec ma sœur, depuis qu'elle habite à Montréal, on parle de plus en plus en français entre nous, même si l'espagnol domine. Mon père s'adresse à moi en français presque toujours et je lui réponds systématiquement en espagnol. Au boulot, on a une langue locale qui est l’encore très méconnu fragnol. Et avec le Mec, et bien c'est tout : français, espagnol, anglais, fragnol, spanglish…on applique une règle très simple, on sort le premier mot qui nous vient. C'est ainsi que je me retrouve parfois à l'engueuler en anglais ou que lui m’explique les subtilités de son travail de coach (que je ne comprends pas toujours) en espagnol tandis que Chamaco gueule depuis la pièce d’à côté « Quiero mi petite voiture !! ». Oui, vous êtes chez les fous.

Les enfants grandissent donc dans cet environnement qui devient encore plus bizarre à l’école. Dans la classe de Chamaco tout le monde est bilingue mais ils sont 4 à être trilingues. Il entend donc, en plus des trois langues à la maison, de l’allemand, du hollandais et du portugais. Difficile dans cette situation qu’il arrive à sortir une phrase correcte, le pauvre. D’ailleurs il n’a pas encore compris que ça ne marche pas comme ça pout tout le monde. L’autre jour il a demandé à notre femme de ménage, qui est aussi nounou au besoin, de lui lire un livre. Il ne comprenait pas pourquoi elle ne pouvait pas lui en lire un en français. « Mais si, tu peux, essaye ! » qu’il lui disait.  Il ne comprend pas non plus pourquoi il ne pourra pas parler avec Grand-Mom et Grand-Dad en espagnol. On le prépare pour le voyage à Los Angeles de cet été.

On nous a souvent dit que pour les enfants bilingues il faut que chaque parent s’occupe d’une des langues. Mais comment fait-on quand on en a trois ? Le Mec leur parle exclusivement en anglais et Chamaco lui répond en espagnol. Chamaca, elle ne répond pas grande chose encore, mais elle retient, j’en suis sûre. Moi, je leur parle en français et en espagnol et là encore, ça dépend de l’entourage. Si on est avec la famille mexicaine ou quelqu’un qui ne comprend pas le français, c’est en espagnol. Sinon, c’est pratiquement toujours en français. Il m’arrive aussi de faire l’un ou l’autre sans trop réfléchir. Je ne suis jamais trop carrée dans mes méthodes, je le fais spontanément.

Qu’est-ce que ça donne alors ? Chamaco comprend les trois mais parle surtout espagnol. Son français est encore un peu rudimentaire et son anglais inexistant. Chamaca comprend les trois mais ne parle rien, elle. Si elle fait comme son frère, elle va mettre un petit moment à sortir un truc cohérent. Mais on ne s’inquiète pas, on sait que ça viendra.

J’ai grandi en étant bilingue et mes parents ne se sont jamais souciés de comment il fallait faire. J’ai juste grandi, appris, écouté, lu et je m’en sors très bien : trois langues dont deux sans accent. Pour les enfants, on fait un peu pareil, on les laisse aller à leur rythme, on ne force rien, juste un petit coup de pouce par-ci, par-là. Il arrive même que parfois on fasse entorse aux règles et que je leur fasse une petite lecture en anglais ou que le Mec leur sorte quelques mots en espagnol. On essaye de pas en faire une habitude quand même, on ne veut pas qu’ils chopent notre accent.

Tout ça pour vous dire qu’on fait un peu n’importe comment, mais que pour l’instant ça marche. On parle un peu en n’importe quoi et ça marche aussi. Et si vous êtes une famille plurilingue comme nous, je suis vraiment curieuse de savoir comment ça se passe chez vous.

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