Arrêtons de nous juger entre parents!

J’ai écrit cet article il y a quelques temps déjà. A la base, le ton se voulait beaucoup plus léger, je fais dans l’autodérision en ce moment, mais depuis quelques jours je lis des horreurs sur les réseaux sociaux et là ça ne me fait plus rire. Du tout. 

 

D’abord il y a l’histoire d’Harambe, qui a été analysée, retournée dans tous les sens pour en arriver à une conclusion bien facile et désolante : c’est la faute des parents. Non que j’approuve la mort du gorille qui n’a rien demandé à personne, les droits des animaux c’est un truc sérieux pour moi, que ce soit par rapport à ce que je mange (ou ne mange pas), ce que je consomme, ce que j’enseigne à mes enfants, mais franchement, en toute honnêteté, si ça avait été votre décision de choisir entre le gorille et le petit garçon, vous auriez fait quoi ? Là, évidemment revient la question que tout le monde se pose : les parents ils foutaient quoi pour laisser leur gamin se retrouver nez à nez avec un gorille ? Et bien, je dirais tout simplement, être des parents, imparfaits comme tous les parents du monde. Sauf qu’on leur met la mort de Harambe sur le dos, on est même allés jusqu’à fouiller dans leur casier judiciaire, et puis ils sont en surpoids et blacks de surcroît donc bon, ça n’étonne personne s’ils sachent pas s’occuper de leur gosse. Il y a une pétition en ligne qui demande à ce qu’ils soient tenus responsables. On est bien d’accord hein ? C’est la mauvaise foi de ce monde qui fait surface. J’avoue, je n’ai pas trop réagi à cette histoire, surtout parce que certaines énormités que je lisais sur FB étaient écrites par des gens que je connais. Je suis comme ça, je n’aime pas trop froisser les gens ou renter dans des dialogues de sourds. Ceci dit, il y a quelque chose qui m’a sauté aux yeux. Ces gens qui se permettent les pires insultes envers ces parents ce sont soit ceux qui n’ont pas d’enfants soit ceux qui ont le complexe du parent parfait.

 

Il y a ensuite le cas du petit garçon happé par un alligator à Disney World, et là je dis NON, MERDE à la fin, foutez-leur la paix !! Parce que c’est encore la faute des parents. Parce qu’on est même allées jusqu’à se demander si on devait les accuser de négligence, parce qu’on leur exigeait d’expliquer pourquoi un enfant de deux ans n’était pas encore au lit à 9 heures du soir. Ils étaient en vacances putain !

Ces parents qui ont vécu l’inimaginable, qui sont rentrés de vacances chez eux sans leur bébé de 2 ans, qui vont s’en vouloir toute la vie, doivent en plus se prendre dans la gueule ce lot d’insultes. Ça vous rapporte quoi ? Vous dormez mieux la nuit ?

 

Quand on devient parent on rentre dans un monde qu’on n’imaginait pas, on rentre malgré nous dans le monde de la compet' et franchement parfois ça me sidère. Il a les parents adorables, qui vivent la même chose que nous et avec qui on peut se défouler un bon coup sans se sentir nulle et incompétente. Et il y a les autres. Ceux qui ne font jamais de gaffes et qui pourtant savent que personne n’y croit une seconde. La mère au parc qui te regarde de haut parce que ton gamin ose piquer une crise avec morve et bave dans un lieu public. Ces parents tellement tendus qui cherchent à tout prix la perfection, je me demande s’ils vivront vieux, avec tout le stress qu’ils s’imposent. Non leurs enfants ne se tiennent pas mieux, non ils ne sont pas plus heureux non plus, ces parents se donnent juste beaucoup de mal à renvoyer cette image de la famille parfaite. Et ce sont eux, ces parents-là, qui se permettent les pires insultes envers ce qui ont commis l’impardonnable erreur. Les conseils non sollicités, les remarques un peu désobligeantes, c’est bon, je fais avec maintenant, mais parce que je n’ai jamais vécu de près ou de loin ce que les parents du petit Lane ont vécu. La culpabilité fera désormais partie de leur quotidien, mais si en plus on en rajoute une couche alors qu’on ne les connaît pas, qu’on n’était pas là au moment de faits, ils ne pourront pas s’en remettre.

Il faut arrêter les conneries, les accidents ça arrive tous les jours à des milliers d’enfants. Il n’y a pas si longtemps Chamaco s’est retrouvé aux Urgences après un accident au parc. Qu’on m’ait dit à ce moment-là que j’en étais responsable, bon, j’aurais encaissé, parce que sa vie n’était pas en danger. J’aurais certainement oublié car je savais pertinemment que ce n’était qu’un accident que j’aurais difficilement pu éviter. Mais voilà, pour certains il y a parfois cet accident qui fait tout chavirer et il n’y a plus de retour en arrière. Les circonstances ne sont pourtant pas si différentes.

Pour ceux qui dénoncent la négligence, ceux qui pensent mieux savoir alors qu’ils n’ont pas d’enfants, et pour les parents qui ont oublié que la compassion existe, fermez vos gueules ! Dès le moment qu’on apprend qu’on a un petit machin qui pousse dans notre utérus notre seule préoccupation est de le garder en vie. Peu importe l’éducation qu’on lui donnera, ce à quoi on le nourrira, comment on l'habillera, tout ça c’est secondaire, mais il faut le garder en vie. Je ne peux pas imaginer ce qu’on ressent quand on échoue. Je ne peux pas me mettre à leur place, je n’y arrive tout simplement pas. Tout ce que je peux faire c’est les laisser tranquilles. Parce que la négligence c’est bien beau comme mot, mais si on part du principe que si on ne garde pas nos enfants sous les yeux à chaque seconde et que si on n’arrive pas à éviter qu’ils se prennent la tronche sur le bitume, c’est de la négligence, on devrait tous être en taule là.

 

Donc, faut arrêter merde ! Faut arrêter avec les « ah, tu fais comme ça toi ? ». Faut arrêter avec les « si ça avait été le mien ce ne serait jamais arrivé ». Faut arrêter de se juger entre parents. Et surtout faut arrêter de démonter ceux qui ont vécu une tragédie.

 

Initialement cet article s’appelait Gourdes Parentales. Mon intention n’était que de partager une de ses anecdotes qui foutent bien la honte, celles qui nous font nous dire « non mais j’ai vraiment pas assuré là ». Mais j’avais envie de gueuler.

 

J’ai lu récemment un article (an anglais) sur le blog We Are That Family et j’ai eu envie de partager mon article original. C’est mon Me, Too. Moi aussi je fais des conneries. Parce que le fait d’accepter que ça aurait pu être nous, c’est ça qui nous fait mieux dormir la nuit, non ?

Désolée pour la trèèèès longue introduction, mais il fallait que je le dise.

 

A qui ce n’est jamais arrivé ? On a beau faire de notre mieux, on ne peut pas la rater. Vous savez cette gourde qu’on cache honteusement, cette anecdote qu’on ne raconte à personne et qu’on voudrait oublier, cette erreur qui nous fait encore culpabiliser.

Est-ce que ça veut dire qu’on est des mauvais parents ? Non, je ne pense pas. Personnellement, j’ai toujours l’impression que les autres font mieux que moi. Et puis, en écoutant, en lisant d'autres histoires de parents, je me rends compte qu’on a tous les mêmes doutes, c’est ce qui fait de nous des parents. On fait de notre mieux mais parfois on est crevés, on est distraits, on a mille choses dans la tête, on lâche prise parce que ça devient trop et du coup on est moins vigilants. Et ça arrive, ça nous tracasse, c’est exactement le genre de choses qu’on cherche a éviter tous les jours, mais ça arrive.

 

Je vous propose donc aujourd’hui de laisser tomber les tabous, de vous libérer de ce poids qui ne vous laisse pas vivre (oui je suis modérée) et de partager ici ce que vous n'avez jamais voulu raconter. La grosse connerie que vous avez faite dans votre vie de parent. Cette petite histoire qui finalement, avec le recul, vous fait rire quand vous vous en rappelez.

 

Je commence donc :

 

Samedi matin, virée au parc. La voiture est dans le garage qui est littéralement à un mètre de la porte d’entrée de l’appart. On est en train de la charger : poussettes OK, sac à langer OK, bouteilles d’eau OK, “Mais où sont passés les chapeaux ?”. Les Chamacos entrent et sortent de la maison à leur guise. Chamaca a perdu sa poupée, c’est le drame. Chamaco commence à s’impatienter. Pourquoi ça nous prend toujours une demi-heure à sortir de la maison ? Il monte dans la voiture, s’assoit à la place du conducteur et fait semblant de conduire. Papa trouve ça très drôle et se met à lui prendre des photos. On n’est toujours pas prêts. Le Mec entre et sort encore au moins 30 fois de la maison. Je ne comprends jamais ce qu’il fait. J’ai trouvé la poupée. J’attends sur le pas de la porte avec une Chamaca qui commence aussi à s’impatienter. Je regarde ses allées et venues. Je tape du pied. Et là…. je vous promets, je ne sais pas comment c’est arrivé, la voiture se met à avancer. Je ne comprends pas ce qu’il se passe, je mets un moment à réagir, je crie “Chamacooooooo”. Le Mec s’est déjà précipité dessus comme s’il pouvait l'arrêter avec ses mains. Il se retrouve en sandwich plaqué contre le mur. Il arrive à sortir, je ne sais comment, Chamaco de là qui évidemment est terrorisé et hurle à la mort. Chamaca qui pleure par solidarité. Maman qui est plantée la comme une conne et qui ne finit pas de comprendre ce qu’il se passe.

 

Alors, petite leçon de mécanique. Si vous laissez votre voiture première enclenchée, que vous la démarrez et que vous ne lâchez pas la clé, même sans accélérer, elle va avancer. Franchement, il faudrait prévenir, en gros, en rouge, sur le tableau de bord.

 

Toujours sous le choc, je gueule “Putain mais t’as pas vu qu’il avait la clé dans les mains ? Putain mais il s’est passé quoi là ? Putain mais comment ça se fait ?! ”. Le Mec voudrait se coincer la tête dans une porte tellement il est mal. Chamaco pleure toujours. Le voisin arrive et pense certainement qu’un de nous était bourré (à 10h du matin) pour carrément se prendre le mur en entrant dans le garage. Personne n’a rien eu, à part la voiture qui est toute cabossée du côté droit et le Mec qui a une grosse égratignure à l'épaule. Je pense, comme tout mère poule, au drame auquel on vient d'échapper. Il aurait pu se fracasser le crâne contre le volant. Si Chamaca avait été de l’autre côté du garage il l’aurait écrasée. Soulagée, je prends mon gamin dans les bras et j’essaye de le calmer, ou je me calme moi-même, je ne sais plus trop. Plus envie d’aller au parc mais on y va quand même. Tant pis, s’il manque les chapeaux, faut se distraire là. On monte tous tremblotants dans la pauvre voiture qui se remet elle aussi de ses émotions. Silence de mort. J’hésite, je prends mon souffle et je me mets à lui expliquer, pourquoi, du haut de ses trois ans, il ne peut pas encore conduire comme papa-maman, une conversation que je ne pensais pas avoir de sitôt. On s’est calmés, ils ont séché leurs larmes et puis finalement on a ri parce que : qu’est-ce qu’on pouvait faire d’autre ?

 

Je ne comprends toujours pas le pourquoi du comment il s’est retrouvé en possession de la clé. Par quel hasard du destin on avait oublié ce jour-là le frein à main et le point mort? On a culpabilisé grave pendant des semaines. Je n’osais pas regarder les dégâts sur la voiture, ça me rappelait à quel point j’étais une mère irresponsable. Puis finalement, c’est passé. On ne peut pas garder ça toute la vie.

 

Ça restera dans les annales : Chamaco a eu son premier accident de voiture à 3 ans. En tant que conducteur. Maintenant il raconte à quiconque veut bien l’entendre qu’il conduira quand il aura 16 ans, “Mais pas avant, hein !”.

 

Si vous voulez participer au mouvent Me, Too, n'hésitez pas à partager vos histoires.

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